Naissance de « la Patrouille des Libellules »


Notre rencontre avec Yann remonte à 1976.
J'étais alors un "vieux pro" ayant quelques années de bouteille et quelques dizaines de pages publiées
dans le Spirou, mais je tremblais toujours au moindre cillement du rédac-chef.
Yann était, lui, un « frais gardon », pas encore tout à fait sorti de l'oeuf maternel.
Je ne me souviens plus s'il avait déjà publié sa première carte blanche
(banc d'essai pour les jeunes auteurs, à l'époque)
mais bien d’avoir été surpris d'être contacté par un débutant, moi qui me sentais,
si plus tout à fait gardon, pas encore du tout saumon et encore moins barracuda…
Bref, étonné, j’ai vu Yann débarquer chez moi, probablement tout aussi impressionné que lui
(j’étais le premier « pro » qu’il rencontrait), si pas plus (il était mon premier « petit jeune »).
Nous avons très vite sympathisé.
Il est revenu, peu après, me montrer ses progrès, accompagné de Didier Conrad.
Guère plus tard, il nous invitait, mon épouse et moi, à passer quelques jours chez lui, chez ses
parents plutôt, à Marseille.
Voici un petit dessin, de sa main, nous y représentant.


Puis, nous nous sommes un peu perdus de vue.
La vie a continué.
Il s’est très vite taillé une solide réputation, son talent lui suait par tous les pores de la peau…
De mon côté, je me suis fait jeter de chez Dupuis, suis resté pendant presqu’un an sans boulot, 
refusé partout, ai commencé Arkel, embrayé sur Pierre Tombal et, dans l’angoisse affolante
d’à nouveau me retrouver sans travail, dessinant deux séries peut-être,
mais toutes deux chez Dupuis, je lui ai demandé de m’écrire un scénario pour une autre maison d’édition.
À peu de choses près, nous avons le même âge et avons eu, enfants, les mêmes goûts, les mêmes lectures,
les mêmes phantasmes et les mêmes rêves.
Très vite, nous nous sommes trouvés dans « les Libellules »…
Nous y égratignions plein de petits tabous de notre génération, de notre enfance, et y recréions
les univers qui avaient abreuvé celle-ci.
J’ai pris, et lui aussi je pense, un plaisir fou à cette première collaboration.


Pour chaque personnage, je faisais un paquet de croquis annotés,que j'envoyais à Yann.
Il me les retournait avec des commentaires et des idées neuves.
Je refaisais un paquet de croquis que je lui retournais, et ainsi de suite. Celle-ci était la page 36 pour
la recherche de Haridelle. Elle commençait à prendre forme .

 

 


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